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Petite histoire de mobilisation, ou comment les canards se révoltent (Toulouse)

Dans le sud-ouest, à Toulouse, nous nous sommes coordonnés, à l’initiative de la CIP (Coordination Intermittents Précaires) et dans la mouvance des mobilisations Gilets jaunes, suite à une réunion d’information sur l’assurance Chômage, en collectif Chômeurs Précaires.

Crédit photo : Michel Viala (La dépêche)

Création du collectif Chômeurs et Précaires

La création de ce collectif fait suite à trois événements forts :

  • La publication du décret du 28 décembre 2018 concernant les sanctions des demandeurs d’emploi, instaurant la « double peine »,
  • l’échec prévisible des négociations de l’UNEDIC face à l’insultante lettre de cadrage gouvernementale,
  • la suppression des cotisations salariales Assurance Chômage et Sécurité Sociale, remplacées par la CSG, bientôt suivies de la même suppression du côté des cotisations patronales.

De ce fait, des constats (et des questions) se sont imposés à nous :

  • Le financement de la sécurité sociale et de l’UNEDIC est/sera bientôt remis aux mains de l’Etat, et donc soumis aux aléas gouvernementaux, ce qui questionne sur le devenir de la protection sociale en France de façon globale.
  • Le gouvernement, dans sa lettre de cadrage, se permet des injonctions aux partenaires sociaux, leur demandant explicitement de travailler dans des directions particulières. Or, l’intérêt des corps intermédiaires et des instances paritaires réside effectivement dans leur autonomie et indépendance. De la même façon, en leur donnant une date limite de négociations,  le gouvernement prend en otage (pour reprendre leur vocable) les chômeurs, et donc les salariés d’hier, d’aujourd’hui et de demain.
  • Enfin, au-delà de la forme que prend l’injonction, le fond est inacceptable : proposition de dégressivité, droit au chômage restreint  pour les démissionnaires, et surtout, modification du code du travail par décret et par des lois périphériques (décret « sanctions », loi pour la liberté de choisir son avenir (uniquement) professionnel…) ; Le décret du 28 décembre vient renforcer les sanctions sur les chômeurs, en terme de durée de sanction et mais aussi dans la perte de revenus que cela occasionne. Il s’agit à présent de mois de suppression d’indemnités chômage, et non plus de suspension comme c’était le cas avant.
  • Le renforcement des contrôles et l’offre raisonnable d’emploi, des hérésies qui supposent la criminalisation des chômeurs comme ayant choisi leur situation.

Face à ces engrenages renforçant les injustices sociales et précarisant toujours plus les populations déjà fragilisées, nous avons décidé, avec la CIP, Act-Up, des Gilets Jaunes Chômeurs et Précaires, le DAL, Sud Culture Solidaires, L’intersyndicale de Pôle Emploi, la CGT chômeurs et Précaires, d’organiser un Gro-Débat sur le Chômage et la précarité, et en suivant de répondre à l’appel à mobilisation du vendredi 22 février.

Des actions d’occupation et de sensibilisation dans les Pôle emploi

Nous avons choisi, au vu de ce que nous défendons, d’aller s’inviter chez Pôle Emploi pour prendre le café et pour leur repeindre la façade avec nos revendications. Rien de répréhensible, la colle s’enlevait à l’eau.

La stratégie adoptée est la suivante : étant donné que notre contestation porte sur l’évolution de l’assurance chômage et sa mise en œuvre, notre première cible, ce sont les lieux où sont accueillis et accompagnés (soit disant) les chômeurs. Donc les Pôle emploi. A chaque fois, l’accueil des chômeurs est favorable à l’information et les récits d’avertissements avant sanctions, d’indemnités trop difficiles à percevoir, de tensions et de périodes sans revenus viennent compléter les alertes que nous formulons. A chaque fois également, les responsables d’agences sont sollicités pour une forme de désobéissance civile afin de ne pas mettre en application ce décret scélérat. Mais hélas les consciences n’y sont pas encore prêtes.

Ceux qui font les lois doivent répondre

L’idée a donc été dans une première phase de mobilisation, d’aller s’inviter dans les Pôle Emploi. Entre le 22 février et le 18 mars, ce sont 5 Pôle emploi de la Ville rose qui auront été envahis, occupés, transformés en accueil humain pour l’occasion, ainsi qu’un forum pour l’Emploi (le Taf) et un grand débat sur la précarité des femmes et le pouvoir d’achat afin d’interpeler l’un de nos chers députés d’En Marche.

La deuxième phase, où nous ne sommes pas encore, sera d’interpeler et de mettre face à leurs responsabilités l’Etat et ses déclinaisons locales ainsi que le législateur, puisque, malgré le discours fuyant « c’est pas nous c’est l’autre », ce sont bien députés, sénateurs et gouvernements qui décident des décrets et lois.

Vivre oui, survivre, non ! Et seule la lutte paie !

 

Partage et Avenir, deux des maisons des chômeurs du MNCP à Toulouse