5 millions de chômeurs pour 500 000 offres d’emploi. Accès à l’emploi, contrôles, sanctions… Voici la réalité crue que les associations du Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP) du Grand-Est a mise en lumière lors de sa journée de regroupement à Strasbourg, le 3 décembre. Une journée pour dénoncer les illusions du « plein emploi », analyser les nouvelles contraintes imposées aux demandeurs d’emploi et porter des solutions concrètes pour une société plus juste, tournée vers l’emploi décent, choisi.
Chercher un emploi en 2025 : entre parcours du combattant et culpabilisation
Comment trouver un emploi quand les offres sont rares, inadaptées, ou tout simplement inaccessibles ? C’est la question centrale qui a animé les échanges entre la quarantaine de participants venus de Saint-Dizier, Belfort, Thann, Mulhouse et Strasbourg.
Des méthodes de recherche à bout de souffle
Les participants ont partagé leurs expériences :
- La chasse aux offres : entre plateformes en ligne saturées et annonces fantômes, le parcours est semé d’embûches.
- Les démarches auprès des employeurs : CV ignorés, entretiens sans retour, discrimination à l’embauche.
- L’accompagnement des organismes : entre France Travail et les associations, qui fait vraiment la différence ?
« On nous dit de postuler à tout prix, mais personne ne parle des emplois utiles qui manquent cruellement dans nos territoires », témoigne un participant.
Des contraintes qui s’accumulent, éloignant l’accès à l’emploi
Avec la loi « plein emploi » de 2025, les nouveaux dispositifs d’accompagnement se transforment en parcours d’obstacles :
- Contrat d’engagement : une obligation de plus, sans garantie de résultat.
- 15h d’activité imposées : du temps perdu pour des missions souvent inutiles.
- Sanctions financières renforcées : une épée de Damoclès au-dessus des allocataires.
« On nous sanctionne, mais on ne nous écoute pas ! », résume Marc Desplats, membre de l’association ABCDE/MNCP.
Le « plein emploi » : un leurre politique
Le MNCP le martèle : le plein emploi n’est pas un taux, c’est un droit. Pourtant, les politiques publiques continuent de fixer des objectifs chiffrés sans s’attaquer aux vraies causes du chômage :
- L’inadéquation entre l’offre et la demande : des millions de personnes en quête d’emploi, mais des postes qui ne correspondent ni à leurs compétences ni à leurs besoins.
- La précarisation généralisée : CDD, intérim, temps partiel subi… L’emploi stable devient un luxe.
- L’abandon des territoires : malgré des initiatives comme les Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée (TZCLD), trop peu de régions bénéficient de ces dispositifs. En Alsace, la CEA a refusé leur mise en place.
« 5 millions de chômeurs, ce n’est pas une fatalité, c’est un choix politique », déclare un membre du MNCP.
France Travail et les départements : un accompagnement à sens unique
Depuis la loi de 2025, l’accompagnement des demandeurs d’emploi est devenu plus autoritaire que jamais :
- Un suivi intensif pour certains, des contrôles renforcés pour tous.
- Des sanctions automatiques en cas de « manquement », sans prise en compte des réalités individuelles.
- Un espace personnel France Travail qui ressemble davantage à un outil de surveillance et de contrôle qu’à un levier d’insertion.
« On nous traite comme des fraudeurs, alors qu’on demande juste le droit de travailler dans la dignité », s’indigne une participante.
Nos revendications : pour une autre politique de l’emploi
Face à ce constat accablant, le MNCP Grand-Est porte des solutions claires :
Arrêter les sanctions financières : personne ne doit être laissé sans revenu.
Donner un vrai emploi à chacun : des CDI adaptés, comme avec TZCLD, et non des emplois précaires.
Écouter les concernés : les décideurs doivent intégrer les associations et les chômeurs dans les réflexions.
Cesser la culpabilisation : le chômage n’est pas une faute, c’est un échec collectif.
« Nous ne sommes pas des chiffres, nous sommes des citoyens », rappelle le MNCP.
Agir ensemble : les prochaines étapes
La journée s’est conclue par un appel à l’action :
- Sensibiliser l’opinion publique via des campagnes de communication.
- Interpeller les pouvoirs publics pour faire entendre nos revendications.
- Organiser des mobilisations locales et nationales.
« La lutte continue, et elle est plus nécessaire que jamais », conclut Marc Desplats.
