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Lettre aux parlementaires de La Réunion

Georges ArhimanAprès le passage du président de la République à la Réunion et en ma qualité de militant social, je me permets de vous interpeller pour vous faire part de tout mon sentiment de déception, de frustration et de mon amertume, face à vos attitudes de mépris et d’indifférence à l’égard de certaines couches de la population réunionnaise.

Je voudrais vous rappeler que le rôle d’un parlementaire ne s’arrête pas à porter les valises du gouvernement, à faire appliquer les directives d’un gouvernement, mais doit aller bien au-delà.

Par exemple, faire des propositions de lois pouvant faire évoluer le quotidien d’une société, remonter auprès du gouvernement les doléances et les attentes de la population. Pour cela, vous devez rencontrer, dialoguer, échanger, communiquer avec toutes les composantes de la population, qui constituent le socle de notre société et pas seulement échanger avec ceux qui sont proches de vous ou qui partagent votre idéologie partisane de la politique.

Les problèmes de La Réunion n’incombent pas uniquement au gouvernement
De par mon affiliation à une fédération nationale, il m’arrive régulièrement d’échanger, d’être reçu et écouté par des élus, des conseillers des différents ministères, des parlementaires de tous bords politiques. J’ai eu l’occasion de dialoguer avec un président de la République (président Chirac), recevoir un ministre (Simone Veil), échanger avec Michel Rocard, Jospin et beaucoup d’autres personnalités de différents gouvernements de France. Mais je n’ai jamais eu la chance de dialoguer avec un parlementaire de La Réunion malgré toutes mes longues années de militantisme. Pensez-vous que ce soit logique ?

Je suis écœuré de la manière dont vous vous comportez à l’égard des militants associatifs que nous sommes, alors que nous voulons juste apporter nos contributions au développement durable de notre société. Votre indifférence et votre arrogance nous révoltent. On a l’impression que votre statut de parlementaire fait de vous des seigneurs. Vous considérez vos compatriotes comme des ignorants, vous vous comportez comme les maîtres d’esclavage d’antan.

Quelle que soit votre appartenance politique, sachez, messieurs les parlementaires, que les problèmes de la société réunionnaise n’incombent pas uniquement au gouvernement ou au président de la République, mais bien à ceux et celles qui détiennent les rênes du pouvoir politique et économique de La Réunion. Par conséquent, vous portez une grande part de responsabilité dans l’effondrement social et économique de notre île.

Il ne suffit pas d’aller en métropole pour chanter des complaintes au gouvernement, de quémander des subventions. Il faut aussi avoir le courage de prendre à bras-le-corps les problèmes qui polluent notre société tels que le chômage, l’exclusion, qui gangrènent notre environnement. (…) Pensez-vous réellement que la population va construire son avenir, son destin sur les sucettes des contrats aidés ? Qu’attendez-vous pour rechercher des solutions afin de créer les conditions pouvant permettre aux trois quarts de notre population de retrouver leur dignité, leur place dans la société réunionnaise.

Votre façon de concevoir la politique sociale et économique plonge la société réunionnaise dans une logique de mendicité, d’irresponsabilité face à son futur. Cette gestion politicienne ne fait qu’accroître le corporatisme dans l’environnement sociétal où chacun essaye de s’accaparer du pouvoir et veut démontrer que son existence est incontournable par du chantage permanent en ignorant l’existence des autres.

(…)

Comment expliquer qu’avec 12 parlementaires sur un territoire de 2 500 km², il nous est impossible de les rencontrer, de communiquer avec eux en dehors des périodes électorales ? Il n’existe même pas une adresse pour leur adresser un courrier. Trouvez-vous cela normal ? Prenez des initiatives, organisez des rencontres avec la population, ne vous cachez pas derrière les élucubrations du gouvernement. (…) La désintégration de notre société demande un engagement fort et massif de toute notre population pour y remédier. Nous ne pouvons plus continuer à gouverner de manière pyramidale. Il devient urgent d’associer la base aux décisions sinon tout ne serait que pure démagogie. Un déni de démocratie.

Georges Arhiman

Président de Maillon Eco

Le Quotidien de la Réunion – mardi 16/09/2014