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Contrôle des chômeurs : les associations du MNCP mobilisées

Saint-Étienne, Paris, Toulouse, Ussel, Lyon, Besançon, Rennes, Nantes… Partout en France des mobilisations sont organisées dans les Pôle emploi pour s’opposer au durcissement des sanctions contre les chômeurs. Retrouvez dans cet article du Parisien le témoignage de Marie Lacoste d’Avenir – Nouvelle Maison des Chômeurs et Manula Devliegher de Partage-Faourette, des associations MNCP à Toulouse.

[ Article publié le 05/02/19 dans Le Parisien ]

Occupation Pôle Emploi à Toulouse 22/02/19

Le renforcement des contrôles et des sanctions vis-à-vis des chômeurs crée des crispations dans les agences. Plusieurs ont été la cible des mouvements de colère.

Des ordinateurs endommagés, des téléphones inutilisables… et plus de 3 000 euros de dégâts. Le 15 février dernier, l’intrusion d’un petit groupe d’une quarantaine de personnes dans les locaux de la plate-forme de Pôle emploi spécialisée dans les contrôles des chômeurs à Chantepie, près de Rennes (Ille-et-Villaine) a laissé des traces.

Fin janvier, à Saint-Étienne, des chômeurs et des militants associatifs et syndicaux ont débarqué dans une agence quand vendredi dernier, ce sont des sites de Pôle emploi à Paris (dans le XVIIIe arrondissement), Toulouse (Haute-Garonne), Ussel (Corrèze), Lyon (Rhône-Alpes), Besançon (Franche-Comté) ou Nantes (Loire-Atlantique) qui ont été ciblés par des groupes de trente à soixante personnes.

Des « envahissements » où l’on retrouve pêle-mêle des militants d’extrême gauche, d’associations historiques de défense des chômeurs comme Agir ensemble contre le chômage (AC !), mais aussi de la CGT, de Sud solidaires et même quelques Gilets jaunes. Comme le constate Pôle emploi, ces opérations se passent la plupart du temps de manière pacifique mais reflètent un contexte de crispations grandissantes tant du côté des chômeurs que des salariés.

Davantage d’agents chargés du contrôle des chômeurs

« Il y a une montée générale de la colère qui vient de tous les côtés, rapporte Daniel Mémain, porte-parole de Solidaires Pôle emploi en Occitanie. Ces deux dernières semaines, le même mot d’ordre fleurit sur les tracts et les sites internet, c’est : abrogation du décret ! » Passé en catimini entre Noël et jour de l’an, ce décret, issu de la loi Pénicaud pour la liberté de choisir son avenir professionnel, prévoit le durcissement des sanctions contre les chômeurs en cas d’absence à une convocation ou de recherche d’emploi jugée insuffisante.

Par ailleurs, le texte renforce de manière non négligeable les équipes de l’agence publique chargées du contrôle des chômeurs. « Chaque région dispose d’un service chargé du contrôle (NDLR : généralement situé au sein des directions régionales) qui a gagné des effectifs le 1er janvier dernier », confirme-t-on à Pôle emploi. En 2018, ces agents étaient 215 en France. Ils sont 600 depuis le 1er janvier et devraient encore gagner 400 agents à l’horizon 2020 tandis que, dans le même temps, Pôle emploi doit perdre 7 % de ses effectifs -soit 4 000 postes- d’ici 2022.

Dans les agences, la pilule a du mal à passer. « La direction a beaucoup de mal à assurer les transferts d’effectifs en interne car les agents préfèrent accompagner les chômeurs plutôt qu’assurer les contrôles, explique Marie Laporte, membre du Mouvement national chômeurs précaires (MNCP). Sur les sites, l’ambiance se dégrade, il arrive que les usagers prennent à partie leur conseiller. Ils ont parfois l’impression d’avoir été balancés », explique-t-elle.

«Les chômeurs ont peur de se faire radier»

Les effets du décret n’ont pas tardé à se faire sentir dans les permanences des associations. À Partage la Faourette, une association d’aide aux chômeurs basée dans le quartier populaire du Mirail, à Toulouse, Manuela voit tous les jours, depuis le 1er janvier, des demandeurs d’emploi franchir la porte, paniqués. « Ils ont peur de se faire radier alors que la plupart du temps, ce sont de simples courriers d’avertissements », explique-t-elle.

Depuis ce décret du 28 décembre, l’écrivaine publique écrit « un à trois courriers de recours par jour à Pôle emploi », pour demander des explications ou tenter de plaider le cas de demandeurs d’emploi, là où elle écrivait auparavant « un courrier tous les quinze jours », assure-t-elle.

La dématérialisation des services de Pôle emploi aggrave, selon elle, la situation. « Certains ratent des rendez-vous parce qu’ils ne se connectent pas à leur espace Pôle emploi », plaide Manuela, affirmant que « dans les agences, certains s’inquiètent de se retrouver à la rue, d’autres se mettent en colère ».

De nouvelles actions de chômeurs et militants sont d’ores et déjà prévues dans les semaines à venir. De son côté, Pôle emploi, qui ne souhaite pas commenter les irruptions à répétition dans ses locaux, a déposé plainte suite à l’intrusion du 15 février à Rennes. Une enquête a été confiée à la sûreté départementale d’Ille-et-Vilaine.

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