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Les partenaires sociaux ouvrent le délicat dossier des droits des chômeurs

PARIS, 11 jan 2014 – A peine bouclée la négociation sur la formation professionnelle, syndicats et patronat s’attellent la semaine prochaine au dossier de l’assurance chômage mais la partie s’annonce difficile car le régime s’achemine vers une dette record sans que l’emploi donne de réels signes de reprise.

A peine bouclée la négociation sur la formation professionnelle, syndicats et patronat s’attellent la semaine prochaine au dossier de l’assurance chômage mais la partie s’annonce difficile car le régime s’achemine vers une dette record sans que l’emploi donne de réels signes de reprise.

Les partenaires sociaux entament vendredi la renégociation de l’actuelle convention Unedic (l’organisme gérant l’assurance chômage). Elle fixe tous les deux ou trois ans les conditions d’indemnisation des chômeurs et le montant des contributions des employeurs et des salariés finançant le régime. L’objectif est de conclure d’ici la fin mars.

Les discussions devaient initialement débuter à l’automne, mais en raison d’un agenda chargé, les organisations patronales (Medef, CGPME, UPA,) et syndicales (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC) gérant l’Unédic ont décidé d’un report. Avec l’espoir aussi que la situation économique s’améliore.

Mais la reprise se fait attendre: fin novembre, 3,29 millions de chômeurs sans aucune activité pointaient encore à Pôle Emploi et faute d’une croissance suffisante, l’Unedic n’anticipe pas de reflux en 2014. De quoi plomber un peu plus les comptes de l’assurance chômage dont le déficit devrait atteindre fin 2013 4,1 milliards d’euros et la dette 17,9 milliards, avant de grimper à 22,3 milliards en 2014, un record.

« Compte tenu des contraintes financières et de l’incertitude sur les prévisions économiques, on a peu de marges de manoeuvre« , estime la négociatrice CFDT, Véronique Descacq. « On n’a vraiment aucune visibilité sur le chômage et le PIB en 2014, donc sur les dépenses et les recettes« .

Les négociations promettent donc d’être ardues. D’autant que le Medef entend « stabiliser » le déficit sur trois ans et réduire la dette pour « sauvegarder le système« .

Mais pas question d’augmenter les cotisations sous peine de nuire « à la compétitivité des entreprises« , prévient son patron Pierre Gattaz, qui, il y a quelques mois, prônait aussi un retour à la dégressivité dans le temps des allocations versées aux chômeurs.

‘Besoin de tous les amortisseurs’

La CGPME reste prudente. « Derrière les chiffres, il y a des hommes » et toucher aux indemnités, « c’est aussi toucher la consommation« , souligne sa négociatrice Geneviève Roy.

Côté syndical, on ne veut pas entendre parler d’une diminution des allocations alors que le chômage reste massif.

« Il ne faut pas moins indemniser mais mieux« , assure Eric Aubin de la CGT, qui propose d’augmenter la durée maximale d’indemnisation de 24 à 30 mois, voire jusqu’à 60 pour les plus de 50 ans.

Pour la CFDT, une diminution des allocations est aussi « hors de question« .

« On est en plein milieu de la tempête, on a besoin de tous les amortisseurs« , renchérit Franck Mikula de la CFE-CGC. « Cela veut dire qu’il faut peut-être simplement proroger le dispositif actuel (la convention) pour un ou deux ans, tout en regardant si on peut rendre telle ou telle règle plus pertinente« .

Le gouvernement s’en est mêlé: il a fait savoir qu’il n’était pas favorable à une baisse de l’indemnisation des chômeurs. Tout en demandant à l’Unedic dans le budget 2014 une économie de 300 millions d’euros.

« Je propose plutôt aux partenaires sociaux de simplifier« , « d’éviter les complications« , a suggéré le ministre de l’Emploi Michel Sapin.

Ce sera l’un des chantiers de cette négociation: simplifier des règles d’indemnisation parfois illisibles, notamment pour les demandeurs d’emploi cumulant petits boulots et allocation chômage.

Les partenaires sociaux devront également mettre en musique les « droits rechargeables« , un dispositif acté dans l’accord interprofessionnel conclu en janvier. Il permettra aux chômeurs de conserver les droits acquis quand ils retrouvent un emploi.

Reste le dossier très sensible des intermittents du spectacle, que le gouvernement surveille de près à l’approche des municipales: leur régime étant « plus favorable« , la Cour des comptes souhaite qu’il soit revu pour des raisons d’équité et de coût. Mais, même si le Medef assure que « rien n’est tabou« , il n’est pas sûr que les négociateurs s’aventurent sur ce terrain.
Source : L’Express.fr

Dépêche AFP du 11 janvier 2014