Actualités

Quelles réponses contre le chômage et la précarité ?

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur email
Jacqueline Balsan

Alors que des négociations sur l’assurance-chômage sont en cours, la colère sociale est forte face aux politiques libérales, injustes et inefficaces. Le journal l’Humanité a posé trois questions à Jacqueline Balsan, présidente du MNCP, sur les moyens de lutte contre le chômage et la précarité.

Jacqueline Balsan

1/ Les évolutions et les négociations actuelles autour de l’assurance-chômage universelle apportent-elles des réponses pour lutter vraiment contre le chômage et la précarité ?

Le Mouvement National des Chômeurs et Précaires déplore une fois de plus l’absence de consultation des chômeurs et précaires et des organisations qui les représentent dans le cadre des négociations sur la réforme de l’assurance chômage. Le Président vient de faire voter une loi qui enterre l’assurance chômage. C’est l’exact contre-pied de l’affirmation d’une assurance chômage « universelle ». La fin des cotisations chômage ne signifie pas un gain pour les salariés mais une baisse de leur salaire brut. Quand ils se retrouveront au chômage, ils toucheront une aide sociale financée par le budget de l’Etat, de type RSA pour tous. La négociation en cours avec les partenaires sociaux est un leurre : le gouvernement décidera en dernier ressort en janvier de ce qu’il veut faire pour économiser sur le dos des chômeurs. Ce n’est pas lutter contre le chômage et la précarité dès lors qu’il est question :

  •  de multiplier par 3 les contrôles et les sanctions, mesures infamantes qui supposent à priori qu’ils sont des fraudeurs et des fainéants de faire la guerre aux chômeurs et non au chômage dans un but essentiellement économique.
  • de supprimer les postes de conseillers (prévision 4000 postes en moins)
  • quand avant de connaître les besoins des chômeurs et précaires, et les financements nécessaires pour répondre à ces besoins  la convention en discussion prévoit avant tout de faire des économies.

2/ La réforme du code du travail du gouvernement Philippe/Macron a été présentée comme un levier pour l’emploi. Quels seront, selon vous, les effets de cette réforme ?

La grande majorité de la population ne mesure pas la gravité de la situation alors qu’il n’y a jamais eu autant de privés d’emploi non-indemnisés. Mais qui peut croire que la moindre indemnisation et le harcèlement des chômeuses, chômeurs et des précaires vont apporter des solutions au chômage ? Ce sont toutes les politiques économiques et sociales des gouvernements successifs depuis plus de quarante ans qui entraînent un chômage massif, voulu par le système dominant.

Là encore, qui peut croire que le permis de licencier accordé au grand patronat va permettre de créer des emplois ? Les crises financières comme celle de 2008 aggravent certes le chômage mais ne le crée pas, tant il est devenu structurel et nécessaire à l’accroissement des profits de quelques-uns. La précarité, la pauvreté sont en proportion symétriques à l’accroissement de la richesse d’une minorité qu’on appelle désormais les « ultra-riches ». L’existence d’un fort chômage entraîne une pression à la baisse sur les salaires. Qui a intérêt à la baisse du pouvoir d’achat ? Le patronat a obtenu par les réformes du Code du travail que la plupart des protections du CDI soient mises à la poubelle. Celui-ci est devenu une coquille vide, un CDI de papier. Cela n’a pas de sens de parler comme la Ministre du Travail, Mme Pénicaud, qui prétend vouloir limiter les CDD quand désormais le CDI n’offre pas plus de protection. Il est facile de constater que les contre-réformes de Macron ne permettent pas de créer des emplois puisque les grandes entreprises préfèrent produire à bas coûts dans des pays sans droit du travail, pour importer ensuite en France !

Et ni la loi Avenir Professionnel -qui réduit le problème du chômage à un problème de formation (chômeurs mal adaptés), et contrôle (chômeurs tire aux flancs, ni  la réforme du Code du travail par ordonnance – qui vise à accorder plus de flexibilité aux entreprises – qui vont combattre une libéralisation assumée du marché du travail.

3/ Avec la mise en place du CICE et les mesures en faveur de la compétitivité, l’objectif de créer un million d’emploi avait été posé. Pourquoi le chômage a-t-il depuis continué de progresser ? Que faut-il faire alors pour le faire reculer aujourd’hui ?

Toutes les études montrent que les milliards du CICE distribués aux entreprises transnationales ont servi à distribuer des dividendes aux actionnaires plutôt qu’à l’investissement et à l’embauche. Le million d’emploi promis en échange par le Medef n’a jamais vu le jour mais les grandes fortunes notamment françaises ont connu des augmentations vertigineuses. Le prétexte de la compétitivité des entreprises est utilisé pour faire accepter les « efforts » par le monde du travail – salariés, chômeurs, retraités – alors que dans le même temps l’impôt sur la fortune est supprimé. Jamais depuis quarante ans des mesures n’ont été prises pour développer les emplois alors que les gouvernements parlaient tous de « lutter contre le chômage ». La seule tentative de réduire la durée du travail a vite été étouffée dans l’œuf. Aujourd’hui réduire le chômage doit passer par le partage du travail, des plans ambitieux pour la transition écologique et des mesures sociales pour réduire les inégalités : une vraie politique de revenus pour les personnes qui n’ont pas de revenu du travail, une politique d’accompagnement rénovée et non basée sur le contrôle (sortir le contrôle de Pôle Emploi)

Nous avons besoin de plus de services publics qui sont le patrimoine de ceux qui n’ont rien. Les chômeuses, chômeurs et précaires doivent avoir accès à des services gratuits, comme les transports, et à des logements accessibles. Entendre les revendications et les propositions des chômeurs au lieu de les contrôler toujours plus profitera à toutes et à tous.

Jacqueline Balsan

Retrouvez l’intégralité de l’article sur le site de l’Humanité

3 réponses

  1. Pourquoi…
    1. la précarisation des chômeurs n’est pas au 1er rang des griefs des Gilets Jaunes ??? ??? ??? ???
    2. la convention d’assurance chômage du 14 avril 2017 n’est pas attaquée pour ABROGATION ??? (Car depuis, le nombre de jours indemnisés correspond au nombre de jours effectivement travaillés, à la condition d’avoir travaillé 4 mois minimum. Ce nombre de jours indemnisés a donc diminué en chute libre. Et quid des contrats de moins de 4 mois qui se multiplient sur le marché du travail ?)
    3. fustiger la multiplication par 3 des contrôles et sanctions ? (Il faut concentrer le débat sur la précarisation & les inégalités)
    4. l’ARE est soumise à l’impôt sur le revenu ???

    Le seul problème est la PRÉCARISATION SYSTÉMIQUE des chômeurs… dû à/au:
    a) calcul indiscriminatoire de l’allocation d’Aide au Retour à l’Emploi (ARE) qui indifférencie « Chômeurs riches – qui touchent jusqu’à 7000€ d’ARE » & « chômeurs pauvres – qui touchent moins de 1000€ » d’ARE !!!
    b) plafond scandaleusement haut de 248€/jour !!! (Aucun chômeur ne devrait être indemnisé à hauteur de 7 440€ soit 248€ * 30 jours).
    c) un patronat complaisant du chômage (CDD, interims, périodes d’essais non abouties, collaborateurs poussés à la faute, harcèlement, …)

    Ces messages doivent AUSSI être portés par les Gilets Jaunes.
    Corinne

    1. Bonjour Corinne ,
       » 1. Pourquoi , la précarisation des chômeurs n’est pas au 1er rang des griefs des Gilets Jaunes ?  » :
      A ma connaissance , il n y’a pas de  » représentant -porte parole gilets jaunes Officiel  » des chômeurs , précaires , rsa ( pour l’instant )
      Ceci dit , certains « acteurs médiatiques  » Gilets jaunes demandent une augmentation franche des minimas sociaux .
      Eric

  2. Bonjour,

    je suis d’accord avec Corinne : nulle part, aucun journaliste télé n’a parlé de revendications de chômeurs par les gilets jaunes : on a vraiment l’impression de passer à la trappe…!!!
    Rien n’est dit, non plus, ni par les gilets jaunes, ni par le pouvoir, sur la discrimination à l’embauche des seniors de plus de 50 ans par les employeurs, avec le paradoxe sous-jacent que le pouvoir veut repousser la retraite jusqu’à 63 ans, alors qu’on va devoir souffrir d’un chômage subi et imposé par les patrons, et les DRH pendant plusieurs années pour arriver à des pensions de retraite réduites; sans parler des nouvelles règles que nous concocte ce fumeux gouvernement sur le sujet…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *