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Réduction de l’ARE après rupture conventionnelle : le MNCP dénonce une mesure qui va favoriser la précarité

Le 2 juin dernier, le Parlement a définitivement voté la réduction des droits chômage des salariés en rupture conventionnelle. Ce texte réduit la durée maximale d’indemnisation des demandeurs d’emploi ayant conclu une rupture conventionnelle individuelle. Le MNCP condamne cette mesure et en exige l’abrogation.

Les représentants patronaux se sont félicités de l’accord. Certaines de leurs propositions avaient pourtant été rejetées lors des négociations : une réduction de 30 % du montant de l’indemnisation au bout de six mois pour les salaires dépassant 2 000 euros bruts n’a pas été retenue.

Une nouvelle amputation des droits des chômeurs

Moins de 55 ans55-56 ans57 ans et plus
-3 mois
18 → 15 mois
-2 mois
22,5 → 20,5 mois
-6,5 mois
27 → 20,5 mois

Cette différenciation d’indemnisation selon le seul motif de rupture du contrat constitue une rupture d’égalité inacceptable entre allocataires. Pour rappel, la rupture conventionnelle est un accord censé être librement consenti entre l’employeur et le salarié, encadré par la loi. Pénaliser le salarié après coup, en réduisant ses droits à l’ARE, revient à transformer cette protection en piège.

Ce que cela signifie concrètement

Trois mois de chômage en moins, cela représente en moyenne entre 3 000 et 4 500 euros de revenus supprimés pour un salarié au salaire médian. Pour une personne seule, c’est un loyer, des factures, une période de reconversion brutalement écourtée. Pour un parent, c’est la fin d’un filet de sécurité qui permettait de chercher un emploi sans sacrifier l’essentiel. Beaucoup de demandeurs d’emploi utilisent cette période pour se former, lancer un projet ou simplement souffler après des années d’un travail épuisant. Réduire cette durée, c’est les forcer à accepter n’importe quel emploi, dans n’importe quelles conditions, faute de temps. Ce n’est pas du retour à l’emploi — c’est de la pression organisée sur les plus vulnérables.

Les seniors, premières victimes

Les plus de 57 ans seront donc les plus touchés : six mois et demi supprimés ! Pour nombre d’entre eux, la rupture conventionnelle représentait le seul pont viable entre la fin d’un emploi et la retraite. En raccourcissant brutalement ce pont, le gouvernement expose des milliers de seniors à un trou de revenus avant le début de leurs droits à la retraite, aggravant une précarité déjà systémique à cet âge.

Le MNCP dénonce l’hypocrisie d’un discours officiel qui prétend « favoriser le retour à l’emploi » alors que le marché du travail est quasiment déjà fermé aux plus de 55 ans. Comment retrouver un emploi rapidement quand on est exclu du marché du travail par les recruteurs eux-mêmes ?

Un argument financier pour cacher des choix politiques

Le gouvernement justifie cette réforme par le déficit de l’Unédic, qu’il a lui même organisé en ponctionnant les recettes de l’organisme pour compenser des exonérations de charges sociales à hauteur de 4,1 Md€. Nous refusons que ce soit aux demandeurs d’emploi d’en assumer les conséquences. D’autres leviers existent : lutter contre le chômage de longue durée, améliorer l’accompagnement, responsabiliser les employeurs qui ont massivement recours aux ruptures conventionnelles pour éviter des licenciements, favoriser l’emploi des séniors en luttant contre leur discrimination…

Une logique de régression continue

Cette loi ne surgit pas du vide. Depuis 2019, les réformes de l’assurance chômage se succèdent à un rythme soutenu, chacune rognant un peu plus les droits des demandeurs d’emploi : durcissement des conditions d’affiliation, introduction de la contracyclicité, réduction des durées d’indemnisation de 25 % en 2023. À chaque fois, le même discours accompagne ces reculs — inciter au retour à l’emploi, assurer la soutenabilité financière du régime — et à chaque fois, ce sont les plus vulnérables qui en absorbent le coût. La mesure adoptée le 2 juin 2026 s’inscrit dans cette logique de régression continue. Le MNCP refuse que l’austérité sociale devienne la réponse structurelle au chômage de masse.

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