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Piocher dans les acquis sociaux pour contrer le chômage: pour quelle efficacité?

pierre-gattaz-2Paris, 16 sept 2014 – Travail du dimanche, seuils sociaux, Smic ou jours fériés… La tentation d’aller piocher dans les acquis sociaux pour lutter contre le chômage record revient avec force, notamment du côté du patronat. Quelles sont les pistes sur la table et pourraient-elles être efficaces.

JOURS FERIES

Le Medef évoque l’idée de supprimer deux jours fériés par an sur onze pour gagner un point de croissance et créer 100.000 emplois.

Pour Philippe Askenazy, directeur de recherche au CNRS, les pistes du patronat, qui « sont plutôt un Scud politique que véritablement des propositions concrètes, solides« , « sortent du formol » et « les chiffrages avancés sont totalement fantaisistes« .

« On sait parfaitement évaluer les effets des jours fériés du fait des années bissextiles ou des années où certains jours féries tombent le dimanche« , dit-il à l’AFP. « En gros, deux jours fériés rapporteraient au maximum 0,1 point de croissance. Et en terme de créations d’emplois c’est quelque chose qui se promène autour de zéro« .

Eric Heyer, directeur adjoint à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), juge « très trivial » et « surestimé » le calcul fait par le Medef.

Il explique que non seulement l’organisation patronale n’a pas retenu le bon nombre de jours travaillés par an mais n’a pas tenu compte de réalités économiques comme le fait que les entreprises anticipent les jours fériés et travaillent un peu plus avant et après.

« Le calcul bien plus robuste de l’Insee de l’impact d’un jour férié tombant en semaine c’est 0,07 par jour. Donc deux cela fait 0,15 et pas un (point de croissance). C’est quasiment dix fois moins« , relève l’économiste.

SEUILS SOCIAUX

Le patronat veut assouplir les seuils créant des obligations sociales aux entreprises, le patron du Medef Pierre Gattaz faisant miroiter 50.000 à 150.000 créations d’emplois.

Une négociation pour « moderniser le dialogue social » avec notamment ce sujet à l’ordre du jour doit débuter en octobre et le gouvernement est prêt à légiférer en cas d’échec.

Pour M. Askenazy, « ça peut être légitime de discuter de la représentation des salariés« , mais « il n’y a rien de solide » qui permette de dire qu’il y aurait de l’emploi à la clé.

TRAVAIL DU DIMANCHE

Pour le Medef, autoriser les commerces à ouvrir le soir et le dimanche permettrait d’engendrer entre 50.000 et 200.000 emplois dans le tourisme, et entre 40.000 et 100.000 dans le commerce et la distribution.

Les conditions d’ouverture devraient être assouplies dans le projet de loi sur la croissance. Mais les économistes ne sont pas convaincus.

« Ca ne peut pas avoir un effet massif » sur l’emploi, estimait il y a peu Gérard Cornilleau (OFCE).

M. Askenazy juge en outre le débat « mal positionné« , arguant du fait qu' »élargir sans arrêt les horaires a un coût énergétique très important, qui va à l’encontre des objectifs de développement durable » et « au bout du compte se retrouve dans les prix des consommateurs« .

35 HEURES

Pour M. Gattaz, « les 35 heures appliquées de manière uniforme, ce n’est plus d’actualité« .

Fin août, Matignon a assuré que le gouvernement n’avait pas l’intention de revenir sur la durée légale du travail, après une interview du ministre de l’Economie Emmanuel Macron (réalisée avant sa nomination), dans laquelle il se disait pour des aménagements via la négociation.

Les 35 heures ne sont toutefois ni le temps de travail effectif ni la durée maximale autorisée (48 heures) en France. Et « leur impact a déjà été lissé avec le temps« , estimait récemment Philippe Waechter, économiste chez Natixis.

SMIC

Le Medef espère de 50.000 à 100.000 emplois sur cinq ans en dérogeant au salaire minimum pour certaines catégories de demandeurs d’emploi.

M. Gattaz avait suscité un tollé au printemps en suggérant de discuter d’un salaire temporaire inférieur au Smic (1.445 euros brut par mois) pour les chômeurs de longue durée et les jeunes sans formation. Le ministre du Travail François Rebsamen l’avait alors prévenu « qu’on ne touchait pas au Smic« .

Pour M. Cornilleau la proposition patronale porte en elle un risque d’inégalités, et il s’agit d’un « choix politique: quel degré d’inégalités accepte-t-on’«