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Contre les idées reçues : «Non, les chômeurs ne sont pas inactifs !»

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25 structures rassemblées autour du Mouvement national des chômeurs et précaires ouvrent le débat en publiant un livre sur le chômage. Jean-François Yon est le coordonnateur du projet

 

Le livre alerte sur la situation des chômeurs et précaires. Qu’en est-il ?

Plus de 8,5millions de personnes, dans le pays, sont touchées par le chômage et la précarité. La situation se dégrade, pas toujours de manière visible. Tout le monde se focalise sur le nombre de chômeurs de catégorie A, et cela occulte les autres formes de précarité. Avec des personnes seulement rémunérées pour quelques heures par mois, une précarité s’installe même dans l’emploi. Le film de Ken Loach et sa préface au livre nous mettent en garde contre un modèle de société où l’on peut déclarer que le chômage baisse, ce qui est déjà un leurre, mais où surtout la précarité se développe de manière alarmante

Pourtant la courbe du chômage s’inverse…

C’est l’arbre qui cache la forêt. Quand on regarde l’évolution du chômage de longue durée et la précarité qui augmente, on constate que les conditions de vie s’aggravent. L’objet du livre est d’alerter l’opinion sur cette situation qui n’est pas seulement le fait d’une crise passagère. Voilà quarante ans que ça dure.

Pourquoi les idées reçues sur le chômage ont-elles autant la vie dure ? La perception que l’on a du chômeur ou du travailleur précaire touche un ressort profond. La valeur travail est tellement enracinée dans la conscience collective qu’aujourd’hui, ne pas avoir de travail équivaut, aux yeux de ceux qui en ont, à ne pas exister.

Les chômeurs sont-ils exempts de reproche ?

Examinons la réalité. Concernant la fraude, il faut la combattre mais elle est essentiellement le fait des plus riches avec les dizaines de milliards liés à la fraude et l’évasion fiscale. Doit-on généraliser ? Chômeurs ou pas chômeurs, il y a des gens qui ne mordent pas facilement dans le boulot, mais la très grande majorité des privés d’emploi recherchent du travail et beaucoup n’en trouvent pas… Les chômeurs ont des vies très dures. L’absence ou la baisse très importante de revenu bouleverse l’existence et oblige à se débrouiller tous les jours pour joindre les deux bouts. Le Mouvement National des Chômeurs et Précaires a été créé pour vaincre l’isolement que ce genre de situation provoque. Les autres mouvements qui nous ont rejoints dans la réalisation du livre, chacun dans sa spécificité, proposent des solutions.

Le chômeur est-il réellement méprisé ?

Les témoignages recueillis dans nos points d’accueil en attestent. Le film de Ken Loach aussi. Les chômeurs et précaires sont moins considérés que les autres personnes. Cette attitude est parfois même le fait de gens qui ne sont pas forcément mieux lotis. C’est un constat très dur. Cela dit, l’isolement et le mépris sont des phénomènes anciens. Aujourd’hui, c’est une double peine qui frappe le chômeur: le mépris et sa banalisation. C’est cela qui a motivé l’écriture collective de ce livre.

Que pensez-vous du revenu universel ?

Il y a encore beaucoup à faire en matière d’emploi avant d’envisager un revenu universel. Des emplois nouveaux apparaissent, dans les domaines de l’aide aux personnes âgées, de la santé et de l’environnement. L’enjeu est d’aller chercher l’argent pour les financer.

Et la réduction du temps de travail ? Il faut continuer à défendre l’idée mais il faut l’organiser plutôt que laisser le marché s’en charger. La réduction du temps de travail se pratique dans le modèle libéral, mais de manière très inégalitaire entre ceux qui conservent des horaires à peu près «normaux» et ceux qui vivent avec trop peu. Le système actuel produit de l’injustice.

Alors, est-ce vrai que les chômeurs ne font rien ?

Non, les chômeurs ne sont pas inactifs ! Nous montrons dans le livre, avec des exemples concrets, qu’ils sont au contraire très actifs. Ils font beaucoup pour retrouver du travail mais ils sont aussi capables de s’investir bénévolement pour aider les familles, leurs voisins. Cette réalité doit être connue pour inciter les gens à être solidaires, à leur tour, des chômeurs et des précaires.

 

Recueilli par Serge Bonnery pour le journal « L’indépendant » – 12.02.2017 Perpignan

 

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