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Grand Est : le contrôle des demandeurs d’emploi au coeur des échanges pour la journée de rassemblement des associations du MNCP Grand Est

Le 20 octobre dernier, et comme chaque année, 45 personnes issues des associations membres du Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP) du Grand Est se sont retrouvées à Strasbourg, à l’invitation de l’association ABCDE67. Au programme : échanges sur les mobilisations sociales, rencontre avec France Travail et réflexion collective autour du contrôle des demandeurs d’emploi et des personnes précaires. Une journée pour faire vivre le réseau associatif, confronter les expériences de terrain et interroger les évolutions des politiques publiques.

Faire vivre le réseau des associations du MNCP dans le Grand Est

Saint-Dizier, Mulhouse, Thann, Strasbourg, Belfort… Ce sont au total 45 participantes et participants qui ont répondu présent à cette journée annuelle de regroupement des associations du MNCP dans le Grand Est, organisée le mardi 20 octobre par ABCDE67, à Strasbourg.

Ces rencontres régionales sont des moments importants pour les associations membres du mouvement. Elles permettent de sortir du quotidien, souvent chargé, de l’accueil et de l’accompagnement des personnes privées d’emploi et en situation de précarité. Elles offrent surtout un espace pour partager les expériences, confronter les points de vue et construire une réflexion commune à partir des réalités rencontrées localement.

Car si les associations du MNCP agissent au plus près des personnes sur leurs territoires, elles font face à des problématiques largement partagées : difficultés d’accès aux droits, précarisation des parcours, complexité des démarches administratives et durcissement des conditions d’accompagnement des demandeurs d’emploi.

rassemblement journée MNCP Grand-Est 2026
rassemblement journée MNCP Grand-Est 2026 autour du contrôle, en présence de Vincent Dubois

Mobilisations sociales : quelle place pour les associations de chômeurs ?

La matinée a été consacrée à deux temps de travail distincts.

Une délégation des associations a participé au Comité régional de liaison (CRL) organisé avec France Travail. Ces instances constituent un espace de dialogue entre l’opérateur public de l’emploi et les représentants des usagers et des associations. Elles permettent notamment de faire remonter les difficultés rencontrées par les demandeurs d’emploi et de porter leurs revendications auprès de l’institution.

Pendant ce temps, les autres participantes et participants se sont retrouvés dans les locaux d’ABCDE67 pour échanger sur les mouvements sociaux en cours, notamment les mobilisations lycéennes et les mouvements contre la vie chère. Le MNCP a déjà réagit, et appelle à suivre le prochain mouvement de grève, qui se déroulera le 5 novembre.

Une question traversait les discussions : quelle implication pour les associations du MNCP dans ces mobilisations ? Faut-il y prendre part, et sous quelles formes ? Quel rôle les associations de chômeurs et de précaires peuvent-elles jouer dans des mouvements qui dépassent parfois leur champ d’action habituel, mais qui touchent directement aux conditions de vie des personnes qu’elles accompagnent ?

Les avis étaient variés et les échanges nourris. L’objectif n’était pas d’aboutir à une position commune, mais de permettre à chacun et chacune d’exprimer son point de vue et de confronter ses analyses. Une manière de faire vivre le débat démocratique au sein du mouvement et de réfléchir collectivement à la place du MNCP dans les mobilisations sociales.

Après cette matinée de travail, les participantes et participants ont partagé un repas convivial, avant de reprendre les échanges l’après-midi.

France Travail : entre accompagnement et contrôle des demandeurs d’emploi

Le temps fort de l’après-midi était consacré à une intervention de Vincent Dubois, professeur à Sciences Po, invité pour présenter ses travaux universitaires sur le contrôle de la recherche d’emploi et, plus largement, sur les mécanismes de contrôle des personnes précaires. Il est notamment auteur de « Contrôler et punir« , sorti en 2021 et co-auteur de « Chômeurs, vos papiers !« , publié en 2023.

Son intervention a permis de replacer les évolutions actuelles dans une perspective historique, en revenant sur les transformations des politiques publiques au cours des trente dernières années.

Une évolution qui interroge directement les associations du MNCP : quelle place reste-t-il aujourd’hui pour l’accompagnement des personnes privées d’emploi, alors que les dispositifs de contrôle prennent une importance croissante ?

France Travail accompagne-t-il les demandeurs d’emploi ou les contrôle-t-il ? Cette question est devenue centrale dans le quotidien de nombreuses personnes privées d’emploi, mais aussi dans celui des associations qui les accueillent et les défendent.

La frontière entre accompagnement et contrôle semble de plus en plus floue. Les conseillers sont-ils encore en mesure de consacrer le temps nécessaire à l’écoute, à l’analyse des situations individuelles et à la construction de parcours adaptés ? Ou sont-ils progressivement mobilisés pour vérifier le respect d’obligations administratives et sanctionner les personnes qui ne s’y conforment pas ?

Cette interrogation prend une dimension particulière avec la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi et du contrat d’engagement. Ces nouvelles dispositions renforcent les obligations pesant sur les personnes inscrites à France Travail et modifient en profondeur les modalités de leur accompagnement.

Pour les associations du MNCP, les conséquences sont concrètes : des personnes parfois éloignées de l’emploi, confrontées à des difficultés sociales multiples, se retrouvent face à des exigences administratives toujours plus importantes. Le risque est de voir leurs difficultés interprétées comme un manque de volonté ou un défaut d’engagement, plutôt que comme le résultat de situations économiques et sociales complexes.

Trente ans de politiques publiques : un contrôle toujours plus présent

L’intérêt des travaux présentés par Vincent Dubois est notamment de montrer que ces évolutions ne sont pas apparues avec la seule création de France Travail ou la loi pour le plein emploi. Elles s’inscrivent dans une transformation plus longue des politiques de l’emploi et de la lutte contre la pauvreté.

Le contrôle des demandeurs d’emploi et des personnes précaires est devenu un élément structurant de l’action publique. Les conditions d’accès aux droits, les obligations imposées aux allocataires et les dispositifs de vérification occupent une place croissante dans les politiques sociales.

Cette évolution pose une question fondamentale : peut-on réellement accompagner une personne lorsque la relation avec l’institution repose de plus en plus sur la vérification de ses obligations et la menace de sanctions ?

Pour le MNCP, l’accompagnement ne peut pas se réduire à une succession de rendez-vous, de démarches obligatoires et de contrôles administratifs. Il doit partir des besoins des personnes, prendre en compte leurs difficultés réelles et leur permettre de construire un parcours adapté à leur situation.

Les associations de chômeurs et de précaires sont particulièrement bien placées pour témoigner de ce décalage entre les objectifs affichés des politiques publiques et leur application concrète sur le terrain.

Des rencontres indispensables pour porter la parole des chômeurs et des précaires

Cette journée de regroupement à Strasbourg a une nouvelle fois montré l’importance de maintenir des espaces de rencontre et de réflexion entre les associations du MNCP.

En partageant leurs expériences, en participant aux instances de dialogue avec France Travail et en confrontant leurs analyses aux travaux de la recherche tels ceux de Vincent Dubois, les associations renforcent leur capacité à décrypter les politiques publiques en se donnant des billes pour mieux répondre aux attaques qui leurs sont faites, et à faire entendre la parole des personnes concernées.

À l’heure où la loi pour le plein emploi transforme les modalités d’inscription, d’accompagnement et de contrôle des demandeurs d’emploi, cette parole est indispensable.

Le MNCP continuera de défendre une autre conception de l’accompagnement : fondée sur l’écoute, la solidarité, l’accès effectif aux droits et le respect des personnes. Car les personnes privées d’emploi n’ont pas besoin de davantage de suspicion et de sanctions. Elles ont besoin de droits, de moyens et d’un véritable accompagnement.

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