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Rebsamen fait porter le chapeau de son échec aux chômeurs

Le-nouvel-obsLes déclarations du ministre du Travail, qui veut s’assurer que les chômeurs cherchent bien un emploi, provoquent la consternation de la CGT et du Mouvement national des chômeurs et précaires.

« Quand les questions des emplois non pourvus et des sanctions étaient portées sous Sarkozy, le Parti socialiste n’avait pas de mots assez durs pour condamner. Aujourd’hui, il fait pareil », se désole Eric Aubin, secrétaire confédéral de la CGT. « Si Xavier Bertrand l’avait fait, que n’aurait dit François Rebsamen », confirme Pierre-Edouard Magnan du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP).

Quand il lâche sa « demande à Pôle emploi de renforcer les contrôles pour vérifier que les gens cherchent bien un emploi« , le ministre du Travail sait-il qu’il lance une petite bombe médiatique ?

Si François Rebsamen est sincère, c’est grave. Si c’est un écran de fumée, c’est grave aussi », estime Pierre-Edouard Magnan.

Un écran de fumée ? Les statistiques sont mauvaises et François Rebsamen a reconnu l’échec de la politique du gouvernement à inverser la courbe du chômage. Pour Eric Aubin, « le ministre fait porter le chapeau de l’échec de sa politique aux chômeurs. A travers les sanctions, il cherche à les écarter de Pôle emploi. Ce n’est pas sérieux ».

« Un vieux marronnier »

Pierre-Edouard Magnan rappelle que le sujet des emplois non pourvus est « un vieux marronnier que même Michel Sapin n’avait pas osé ressortir. » Pour le MNCP, le gouvernement à l’air de dire à ceux qui travaillent que les chômeurs sont responsables de leur situation et n’ont pas envie de bosser, opposant les bas salaires et les chômeurs :

Quand cela vient d’un Geoffroy Didier, ça ne m’étonne pas mais, là, les bras m’en tombent. Pour la droite, les chômeurs sont des malhonnêtes et maintenant, pour la gauche, ce sont des feignants ! »

Les fameux 350.000 emplois non pourvus sont, pour une bonne part, des boulots d’une semaine ou d’un mois et peuvent faire perdre ses indemnités à un demandeur d’emploi. « Deux heures de ménage, c’est une offre d’emploi », rappelle Pierre-Edouard Magnan pour qui, les déclarations de François Rebsamen font croire aux gens qu’il y a du travail mais « Pôle emploi ne peut pas inventer des emplois qui n’existent pas ».

Pôle emploi déjà débordé

Le gouvernement fait face à neuf mois consécutifs de hausse du chômage. Les demandeurs d’emploi sans activité sont plus 3,4 millions. Alors, quand bien même toutes ne sont pas de vraies offres, François Rebsamen mise sur ces postes :

Je vois bien la tentation de faire baisser les chiffres de la catégorie A  avec des petits boulots qui font sortir des statistiques mais ça ne règle en rien  le problème des plus de cinq millions de chômeurs »

François Rebsamen réclame des sanctions contre les chômeurs qui ne sont pas en recherche active d’emploi. Mais les conseillers de Pôle emploi sont débordés. Certains gèrent des portefeuilles atteignant jusqu’à 300 demandeurs d’emploi. Pour contrôler davantage, il faudra donc recruter :

Le ministre veut le contrôle du découragement. Que dit-on à une personne qui cherche depuis plus de deux ans sans obtenir de réponse ? », s’indigne le MNCP.

Pour faire baisser le chômage, la CGT appelle de ses vœux un changement de politique. Pour Eric Aubin, avec le pacte de responsabilité, le gouvernement distribue des aides aux entreprises sans contrôle, sans condition : « Il faut soutenir celles qui ont de vraies difficultés mais pourquoi aider celles qui distribuent des dividendes ? »

Article publié dans le Nouvel Observateur, le 2 Septembre 2014