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Le combat pour un territoire zéro SDF à Mulhouse

L’association du MNCP de Mulhouse, la Maison de la citoyenneté mondiale, tente de peser avec d’autres acteurs, pour faire de Mulhouse un territoire zéro SDF. Entre espoir et désolation, André Barnoin, responsable du groupe de chômeurs et précaires, revient sur ces dernières semaines de mobilisation.

Dessin d’André Barnoin

C’était le 5 décembre, on a tenté une sortie vers un avenir moins sinistre…

On était quelques-un(e)s sur la Place du Centre Commercial Porte Jeune, au pied de la Tour de l’Europe, face à la Salle des Coffres, la bien nommée, éphémère boîte de nuit greffée sur les dépouilles de la chambre forte de la Société Générale, partie ailleurs il y a bien longtemps, et en effet il y a longtemps que ces coffres-là ne recèlent plus aucun trésor…

Membres d’associations, syndicats et partis politiques divers, le MNCP en force, quelques sans-abris avec leurs chiens venus faire un tour par curiosité… Ca fait si longtemps qu’on les promène, ceux-là, on se souvient d’eux en principe à l’entrée de l’hiver, de peur qu’un matin on en retrouve un congelé sur le trottoir…Le reste du temps, on les oublie on les laisse à leurs produits plus ou moins frelatés, leur vin de bas étage, leur shit à l’odeur entêtante, leur médocs procurés Dieu sait où et parfois un truc plus grave, plus dur, plus méchant…

Mais on est le 5 décembre, et ça fait quelques jours qu’on claironne partout que ce jour-là est le dernier jour où on verra un sans-abri dormir dans la rue à Mulhouse… Demain 6 décembre, sera le premier jour du Mulhouse nouveau, du Mulhouse zéro SDF ! Enfin, on claironne… Disons qu’on inonde les réseaux sociaux de déclarations de guerre contre l’errance forcée des sans endroits où dormir, les marchands de sommeil et les édiles endormis sur leur banc en attendant de rentrer à la maison manger la soupe bien chaude…

Tremblez, élus, le peuple indigné va vous demander des comptes et forcer les portes des centres d’hébergement d’urgence pour y mettre à l’abri les sans-abris !

Nous voilà devant la Mairie, nous voilà devant les délégué(e)s que Madame la Maire a chargés de nous recevoir.

Contrairement à ce que nous avions cru, il n’y a quasiment personne qui est sans abri à Mulhouse.

Madame la directrice des Services Sociaux de la Ville, et Monsieur l’Adjoint chargé du Logement sont formels : Mulhouse a bien le label Zéro sans Abri, moins deux jeunes et un déséquilibré qui refusent obstinément de se mettre au chaud malgré tous les efforts des services sociaux.

La politique du Logement de Mulhouse, c’est « le Logement d’abord », et en effet, un programme de rénovation est en route, un centre d’hébergement a été créé, il est prêt à recevoir du monde, mais pas aujourd’hui, pas ce soir, les douches ne sont pas finies d’installer, et puis c’est le préfet qui a la main, la Mairie n’y est pour rien. Ca ouvrira quand ça ouvrira, voyez le bâtiment d’à côté, c’est pas écrit « Préfecture du haut-rhin » ici, mais « Mairie de Mulhouse » Chacun son guichet, et les pauvres seront bien gardés.

D’ailleurs, il y a des places libres dans les établissements d’urgence, ce n’est pas de notre faute si aucun sans-abri ne veut y aller. D’ailleurs, il n’y a pas de sans-abris à Mulhouse, à part trois irréductibles gaulois, combien de fois faudra-t-il vous le répéter ?

Nous sortons un peu sonnés de ce remarquable numéro de prestidigitation. Chapeau les artistes !

S’ils ne savent pas répondre aux besoins de la population, surtout la plus fragile, mission pour laquelle ils sont pourtant payés, à la Mairie, au Département, à la Région, grande ou petite, ou plutôt grande ET petite, car l’Alsace continue d’exister sous le Grand-Est, l’époque est à la pagaille gaspilleuse de pognon public, mais du pognon y en a, mais pas pour ceux qui en ont besoin, mais aussi à Paris, ou à Bruxelles, en attendant sur Jupiter et Saturne, dès qu’on y aura mis le pied, ça en fait du monde payé pour notre bien-être et notre confort !

Apparemment, ça ne marche pas très bien, les Gilets Jaunes sont là pour le rappeler, par contre, nos préposés à la tranquillité publique savent fort bien mettre en scène leur impuissance comme une soumission à on ne sait quelle fatalité qui fait que dans la vie, il y a les premiers de cordée, qui ont le droit de dormir au chaud, quoi qu’il arrive, et le « bon » peuple qui a intérêt à rester « bon » et « con » s’il ne veut pas goûter au canon à eau froide et malodorante, aux lettres de licenciement pour faute lourde de 85 centimes d’erreur de caisse, à la visite des huissiers pour retards de loyers et à la mise à la rue pour refus de travailler gratuitement et avec le sourire…

Et entre les deux, il y a les « serviteurs de l’Etat » en gilets rayés de domestiques, chargés de garder l’entrée sécurisée de leurs patrons les gilets de soie brodés d’or, contre tou'(e)s les autres, revêtu(e)s de ces gilets jaunes qu’ils doivent précieusement conserver dans l’habitacle de leur voiture, mais pas sur le tableau de bord ça fait mauvais genre, et encore moins sur leur dos, sous peine de… Sous peine de quoi d’ailleurs ? Ils y sont déjà, à la peine !

Nous sommes le 13 décembre… Huit nuits de plus à la rue pour les sans-gilets, sans abris, sans espoir, mais avec chiens qu’ils ne veulent pas lâcher, leurs compagnons de galère qu’on veut enfermer dans des cages s’ils veulent dormir au chaud…Une nuit au chaud, et toutes les autres pendu au 115 saturé dès 7 heures du matin…Mais c’est vrai, il n’y a pas de sans-abri à Mulhouse, c’est madame la directrice des services sociaux de la Ville qui me l’a dit…

André Barnoin