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Assurance chômage : syndicalistes, politiques et associations débattent

Le mercredi 30 mai 2018, le Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP) était invité à un débat sur l’assurance chômage à Montreuil organisé par la CGT. Animé par Denis Gravouil, l’un des responsables à la confédération de la CGT et siégeant en tant qu’administrateur à l’Unédic, ce débat rassemblait syndicalistes, politiques et associations de chômeurs.

La précarité augmente

D’emblée s’est posé le problème de la lutte sociale dans le climat délétère actuel. Si la démobilisation sociale semble réelle, Alexis Corbières, de la France Insoumise, rappelle la nécessité de mobiliser, car le seul cantonnement à une bataille parlementaire serait, selon lui, un échec. Dans les conventions chômage de 2014 et 2017 étaient déjà amorcées les mesures envisagées dans le projet de loi en discussion sur le sujet. Sur l’évolution chiffrée du chômage, un premier constat s’impose, c’est-à-dire la précarisation grandissante de la société. Si la catégorie A, qui concerne les personnes sans aucun emploi, se stabilise autour des 3 millions 400 000 chômeurs, avec des fluctuations récurrentes à la hausse puis à la baisse, les catégories B et C, qui rassemblent les précaires travaillant un peu, jusqu’à 78 heures par mois, elles ont augmenté de 8 % en un an. Il est à rappeler que seulement 42 % des chômeurs, en droit de recevoir des allocations, les réclament et que moins d’un chômeur sur deux est indemnisé par les Assedic. Si le gouvernement a admis que l’augmentation des contrats de moins d’un mois posait problème, il a estimé que le reste des contrats précaires s’apparentait à de la flexibilité.

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Une assurance chômage universelle?

Dans la dernière convention de l’assurance chômage, que la CGT n’a pas signée, négociée à l’Unédic en février 2018, on assiste désormais à une dégradation complète de cette convention au détriment des chômeurs, des précaires et des plus faibles. Pour l’élargissement à une assurance universelle, les conditions sont tellement drastiques, que l’ouverture de droits aux démissionnaires ne concerne en définitive que 29 300 personnes, et pour les travailleurs indépendants, 15000. Pour se voir attribuer une allocation, ces derniers doivent justifier être détenteurs d’une entreprise depuis plus de deux ans et être en faillite. Et seulement après avoir rempli ces conditions, ils pourront alors recevoir une allocation forfaitaire de 800 euros par mois pendant six mois. On est bien loin donc de l’assurance chômage universelle tant vantée par ce gouvernement. Au mieux, s’ajouterait 50 000 personnes de plus ayant une ouverture de droits.

Le contrôle des chômeurs

Sur le sujet des sanctions, la France s’achemine vers le modèle allemand. En un an, 1/3 des chômeurs ont été lourdement sanctionnés Outre-Rhin. Quant à la lutte contre la précarité et la permittence, c’est de la poudre aux yeux, puisque les négociations s’orientent vers des négociations de branche ; et donc vers des taux différenciés. Tout semble être fait pour rendre le chômeur responsable de sa situation, de son employabilité, de sa précarité.

La dette de l’UNEDIC

Quant à la dette de l’Unédic, le groupe citoyen qui s’est penché dessus en effectuant un audit, il souligne l’opacité du système aux enjeux méconnus. En 2009, la dette de l’Unédic était de 23 %, aujourd’hui, elle s’élève à 100 %. A terme, se justifiera alors le remplacement des cotisations par un système d’assistanat public en partie financé par la CSG. Ces bouleversements se font d’ailleurs en lien avec la refonte de la Sécurité sociale en passe d’être démembrée.

Il est à noter que les ordonnances d’Emmanuel Macron avaient déjà renforcé la précarité sur les plus précaires et les intérimaires et cela pour répondre au patronat, aux exigences européennes. Les mesures prises contre ces derniers, ayant eu pour conséquence une diminution de leurs allocations chômage, permettent à l’Etat de faire une économie annuelle de un milliard d’euros par an. Au même poste qu’un salarié en contrat « normal », un intérimaire a deux fois plus de risque d’avoir un accident de travail. La détérioration des conditions de travail est telle que les intérimaires se voient dans l’obligation d’accepter n’importe quelle mission, accentuant d’autant les risques. L’orientation actuelle de Pôle emploi privilégiant les compétences au détriment des diplômes risque encore d’aggraver les conditions des salariés dans les entreprises, car a contrario des diplômes, les compétences ne sont pas reconnues dans les grilles salariales. A Pôle emploi aujourd’hui, 80 % des demandes sont sur les indemnisations ; l’algorithme a remplacé le contact humain, éloignant un peu plus les conseillers de leur mission de service public d’accompagnement des chômeurs. Le programme binaire calcule désormais l’indemnisation. L’automatisation des services, outre la déshumanisation qu’elle implique, renforce là encore la responsabilité du chômeur et du précaire, considérés comme seuls responsables de leurs indemnisations.