Jeudi matin. Ça bourdonne dans toutes les pièces au local Apic Mx, sur le site de l’ancienne usine Moulinex, à Cormelles-le-Royal. La présidente, Maguy Lalizel, a amené des fleurs de son jardin. Elle s’entretient pour l’heure avec Laurence Dumont, députée PS du Calvados, et Raymond Slama, conseiller général PS, dans un petit bureau. Dans les autres pièces, les membres préparent l’assemblée générale de l’après-midi. Apic Mx compte 917 adhérents.
Une maison des solidarités
Nous sommes dans l’ancien magasin d’usine de Moulinex. C’est là que Maguy Lalizel travaillait, avant 2001 et le dépôt de bilan. Un bâtiment d’environ 150 m2, sur un terrain de 1 200 à 1 500 m2.
C’est là que les anciens de Moulinex se retrouvent, chaque jeudi.
Sept ans après la fermeture, l’ancien magasin vit toujours. « Il existe peu de cas où les salariés sont encore organisés aussi longtemps après. C’est une histoire humaine extraordinaire », souligne Laurence Dumont.
Le lieu est devenu une maison des solidarités. On y suit les procédures judiciaires en cours. On y aide les enfants du personnel, on conseille, on oriente. « Je n’ose pas imaginer ce que certains seraient devenus sans le soutien d’Apic », affirme Raymond Slama. « Mais on n’est pas seulement une association d’anciens combattants, souligne Jean-Pierre Aumont, trésorier. On va de l’avant, on a des projets. » Et l’association a adhéré au Mouvement national des chômeurs et précaires.
Délogés en septembre 2010
Seulement voilà, les Apic ne sont pas maîtres chez eux. Le terrain sur lequel se trouve leur local appartient au conseil général, via la Shema, chargée de la requalification de la friche Moulinex.
Ces quelque 59 000 m2 doivent être rétrocédés à Cormelles-le-Royal en septembre 2010. Le maire, Bernard Oblin, souhaite y construire des logements. Et déloger les Apic Mx.
« Ce bâtiment leur est gracieusement prêté depuis des années. On a négocié, sans résultat. Depuis, c’est la guerre », indiquait Bernard Oblin en février. Les ex-Moulinex veulent conserver leur local « au moins le temps que les procédures judiciaires soient terminées ». « Ce lieu fait partie de l’histoire de notre région, comme le réfrigérant de la SMN. Nous avons un devoir de mémoire », renchérit Lionel Muller, élu à Fleury-sur-Orne et conseiller à Caen-la-Mer.
Bernard Oblin convient que le bâtiment a une valeur historique. « Il ne sera pas détruit. Il accueillera les bureaux des ateliers communaux. » Mais il est intraitable : il récupérera les locaux. « Ca n’est pas pour les ennuyer, mais neuf ans après le dépôt de bilan, je ne suis pas sûr qu’il y ait encore beaucoup de Moulinex à fréquenter le local… »
Les Moulinex le clament : il faudra les expulser car ils ne bougeront pas. « Pour éviter d’en arriver là, agglo, commune, Département, association doivent se mettre autour de la table dès maintenant », insiste Raymond Slama. Les Apic Mx n’excluent pas de déménager si on leur propose quelque chose d’assez grand. « Pas dans 15 m2 une journée par semaine », prévient Maguy Lalizel.
Aurélie LEMAÎTRE.